Entretien avec Léo Mecca, ostéopathe à Toulouse
Passer la majeure partie de notre journée assis n’est pas un acte anodin.
Dans cette interview exclusive, Léo Mecca, ostéopathe à Toulouse, nous explique comment une assise inadaptée dépasse le simple « mal de dos » pour impacter votre respiration, votre digestion et même votre état émotionnel.
Pourquoi l’assise est essentielle à la santé posturale ?
Dans notre quotidien, nous passons une grande partie de nos journées assis : au bureau face à un écran, en réunion, en voiture, dans les transports, à table ou encore sur notre canapé ou fauteuil relax. Cette posture, devenue presque automatique, s’est installée comme une norme silencieuse de notre mode de vie. Pourtant, si elle paraît anodine, l’assise exerce une influence profonde et continue sur l’ensemble de notre organisme.
Rester assis plusieurs heures sans conscience posturale ni ajustement ergonomique peut progressivement déséquilibrer le corps. Les tensions s’installent, les muscles profonds s’affaiblissent, la respiration se modifie, et certaines douleurs apparaissent parfois de manière insidieuse. Ce qui commence par une simple gêne lombaire peut évoluer vers des inconforts plus globaux impactant l’énergie, la concentration ou même l’état émotionnel.
L’assise n’est donc pas seulement une question de confort immédiat : elle engage l’équilibre des chaînes musculaires, la mobilité articulaire, la qualité respiratoire et, plus largement, notre vitalité au quotidien. Comprendre ses mécanismes permet de prévenir plutôt que de subir.
Pour mieux décrypter ces enjeux et identifier les ajustements simples mais essentiels à mettre en place, nous avons interrogé Léo Mecca, ostéopathe à Toulouse, spécialiste des douleurs du rachis et de la posture.
Il nous partage son regard d’expert sur les signaux d’alerte, les conséquences d’une assise inadaptée et les solutions concrètes pour préserver sa santé posturale.
Quels sont les premiers signaux corporels qui vous alertent qu’une assise est inadaptée ?
« Le premier signe chez un patient est la perte de verticalité en position assise. La personne ne lutte plus vraiment contre la gravité mais la subit, engendrant un affaissement du corps. Ce qui témoigne très souvent d’une faiblesse des muscles profonds qui sont stabilisateurs et érecteurs de notre colonne vertébrale.
On observera dans ce cas de nombreux déséquilibres posturaux :
- La personne s’affaisse (souvent vers l’avant)
- La personne adopte une attitude vicieuse sur un côté (une épaule plus haute que l’autre par exemple)
Le deuxième est une agitation lors de la position assise, la personne ne trouve pas vraiment de position stable et confortable, pour y rester pendant un moment sans gêne.
Un troisième signe pertinent est une difficulté et/ou une lenteur visible lors du passage de la position assise à debout. »
En quoi une assise mal adaptée peut-elle avoir un impact global sur le corps, au-delà du simple mal de dos ?
« Le corps est en perpétuelle adaptation par rapport à notre environnement !
Si cet environnement est déséquilibré nous pouvons avoir une réaction en chaîne, telle que :
Déséquilibre des chaînes musculaires 👉 Réaction neuro-musculaire de compensation 👉 Raideur musculaire 👉 Inconforts/douleurs 👉 Immobilité/sédentarité 👉 Altération de la santé mentale (stress/anxiété) 👉 douleur chronique
Une position non ergonomique provoque aussi une fermeture de la cage thoracique, en augmentant la pression exercée sur notre diaphragme. Ce dernier est le muscle le plus important du corps humain puisqu’il est responsable de la quantité et de la qualité de la respiration.
Ce muscle a aussi un impact direct sur notre digestion, il joue un rôle de pompe sur les organes principaux de la digestion tels que l’estomac, le foie, le pancréas et les intestins. »
Quels critères essentiels recommandez-vous pour une assise saine au quotidien (travail, domicile, repos) ?
« Tout d’abord la position doit être confortable, tout en respectant la physiologie du corps :
- Préserver l’alignement vertical de la colonne vertébrale (tête-épaules-bassin)
- Préserver les courbures du cou et des lombaires, ce qui permet de ne pas s’affaisser vers l’avant
Concernant l’ergonomie au travail, il y a 4 points d’ancrages essentiels :
- Les pieds : doivent être écartés, bien à plat au sol
- Le bassin : le poids du corps vient se poser sur les iliaques (os sous les fesses)
- Le dos : appui général avec maintien le plus large possible
- Les yeux : le regard à l’horizontal afin de garder le cou bien droit et érigé. »
Observez-vous des différences selon l’âge ou le niveau d’autonomie des patients face aux problématiques liées à l’assise ?
« D’expérience les adultes vont être plus sensibilisés car plus de problématiques et de douleurs dues au vieillissement naturel.
Chaque personne est unique donc je dirai que le plus important est de rester à l’écoute des messages envoyés par son propre corps (qui est une machine très intelligente et complexe).
En effet, chacun possède des zones de faiblesse qu’il doit identifier pour ainsi trouver les meilleures solutions afin d’y palier dans son quotidien et améliorer sa qualité de vie. »
Quels ajustements simples peuvent déjà améliorer significativement la posture et réduire les douleurs sans changer tout son mobilier ?
« Oui, quelques gestes peuvent transformer le quotidien :
- Écran à hauteur des yeux
- Possibilité de rajouter un repose pied pour soulager la tension exercée sur la chaîne postérieure
- Se mettre bien au fond de son assise
- Si l’assise n’est pas adaptée, il est préférable de se mettre au bout du siège pour s’obliger à garder une posture érigée
- Changer régulièrement de position en alternant 1h assis / 1h debout ou 1h sur ballon de gym »
En résumé
« Comme le rappelle Léo Mecca, l’assise n’est jamais un simple détail de confort : elle influence l’équilibre global du corps, la respiration, la digestion et même l’état émotionnel.
Une posture inadaptée, répétée jour après jour, peut installer des déséquilibres profonds et durables.
Prendre conscience de sa position, ajuster quelques repères ergonomiques et rester à l’écoute des signaux corporels sont déjà des leviers puissants pour préserver sa santé posturale. L’objectif n’est pas la posture “parfaite”, mais une posture vivante, évolutive, respectueuse de la physiologie du corps.
Bouger régulièrement, varier les appuis et renforcer les muscles profonds restent enfin des alliés essentiels : le mouvement demeure la meilleure prévention. »
À propos de l'expert
Léo MECCA – Ostéopathe D.O
Cabinet au 32 Rue d’Alsace Lorraine, 31000 Toulouse
Spécialisé dans les douleurs du rachis (colonne vertébrale) ainsi que sur la posture et sa relation avec la mâchoire. Léo possède son propre cabinet dans le centre ville de Toulouse.