Avec Ella Rivalan, Ergothérapeute Diplômée d’État – Cabinet Alter Ergo
Parce que le choix d’un fauteuil adapté ne se résume pas au confort, nous avons souhaité donner la parole à une professionnelle de terrain.
Dans cette interview, Ella Rivalan, ergothérapeute, partage les critères essentiels pour garantir confort, sécurité et apaisement aux personnes désorientées, notamment celles atteintes de la maladie d’Alzheimer. Nous avons posé nos questions essentielles à Ella Rivalan.
Quels sont les premiers critères de confort que vous évaluez auprès d’une personne en perte d’autonomie ?
« Lorsque j’accompagne une personne, notamment atteinte de la maladie d’Alzheimer ou en perte d’autonomie, les premiers critères de confort que j’évalue sont :
La pression et la peau : la première évaluation porte sur le support d’assise, le dossier et l’état cutané. Il est crucial d’anticiper le risque d’escarres en assurant une répartition optimale des pressions et en évitant les points d’appuis. Un confort réel passe par la sécurité cutanée.
La stabilité posturale : j’évalue si la personne est stable et son niveau de tonus musculaire, si elle ne glisse pas, ne bascule pas sur le côté ou ne doit pas fournir d’efforts constants pour se maintenir assise.
L’accessibilité et l’interaction : le fauteuil doit permettre une bonne participation : repas, discussions, activités. La hauteur des accoudoirs, la profondeur d’assise et l’inclinaison jouent un rôle majeur.
L’apaisement sensoriel : pour une personne désorientée, l’assise doit être enveloppante et non agressive, avec des matériaux rassurants.»
En quoi un fauteuil adapté change-t-il réellement le quotidien ?
« Un fauteuil réellement adapté est un levier majeur d’apaisement et de qualité de vie.
Diminution des troubles du comportement : un mauvais positionnement crée inconfort, douleur et agitation. À l’inverse, un fauteuil adapté stabilise le corps et apaise immédiatement.
Maintien de l’éveil et de l’interaction : une posture droite et un meilleur alignement de la tête permettent à la personne de participer davantage à son environnement.
Prévention des complications : un bon positionnement prévient les rétractions articulaires, douleurs musculo-squelettiques et bien sûr les escarres. »
Face à l’agitation, quels types d’assises peuvent aider ?
« Face aux troubles du comportement, l’objectif est de rassurer sans contraindre.
Le fauteuil Cocon ou évolutif : une grande inclinaison ou une bascule d’assise crée un effet “berçant” très apaisant.
Les repose-jambes ajustables : un bon soutien des pieds stabilise le bassin et limite le glissement.
Les supports latéraux : des appuis thoraciques peuvent suffire à rappeler l’alignement tout en restant confortables. »
Quels critères sont trop souvent négligés par les familles ?
« Plusieurs points essentiels sont encore trop souvent oubliés :
L’évolution du besoin : le fauteuil doit pouvoir accepter de futurs équipements (coussin anti-escarres plus épais, appuis latéraux…).
L’adaptation à l’environnement : largeur des portes, hauteur de table, maniabilité… autant de détails qui conditionnent l’usage réel du fauteuil.
L’importance du maintien : un coussin anti-escarres seul est insuffisant. Le maintien dorsal est indispensable.
La hauteur d’assise : si les pieds ne touchent pas le sol ou si la personne glisse, les transferts deviennent dangereux. »
Comment adaptez-vous vos recommandations selon le stade de la maladie ?
| Stade / Mobilité | Objectif de l’assise | Type de fauteuil recommandé |
|---|---|---|
| Précoce – Mobile | Préserver l’autonomie, sécuriser en cas de fatigue | Fauteuil de repos / releveur ou fauteuil léger de transfert |
| Intermédiaire – Dépendance modérée | Confort postural dynamique, prévenir les escarres, réduire l’agitation | Fauteuil coquille ou fauteuil roulant avec bascule, assises visco ou air |
| Avancé – Dépendance totale | Protection cutanée maximale, gestion des rétractions | Fauteuil de positionnement multi-réglages, supports classe II ou III |
Avez-vous des ajustements simples qui font une vraie différence ?
« Oui, quelques gestes peuvent transformer le quotidien :
Le plateau ventral : stabilise les bras, limite les mouvements involontaires et favorise la participation.
Les contre-pentes : un léger cale-bassin ou une bascule arrière empêche le glissement et réduit l’agitation.
Les cales-pieds adaptés : un plateau monobloc soutient mieux l’ensemble du pied et stabilise toute la posture. »
Vos 3 conseils essentiels aux proches pour garantir un bon confort assis
« 1. Changer régulièrement la posture : activer bascule, inclinaison, varier les angles toutes les 1 à 2 heures.
2. Vérifier l’alignement tête-épaules-bassin : un simple affaissement non corrigé peut entraîner douleurs et agitation.
3. Ne pas confondre confort et immobilité : le fauteuil doit être un outil de participation, pas une solution d’immobilisation. »